Présentation

Vendredi 10 octobre 2008
- Par Rovi - Ecrire un commentaire

 

Sur les 200 grottes recensées dans la vallée de la haute Ariège, 7 voir 8 on été fortifiées et occupées au Moyen Age.

Ce sont les historiens locaux (A. Garrigou le premier) qui, au siècle dernier, s’intéressant au grottes fortifiées de l’Ariège leur donnèrent le nom de « spoulga ». Ce nom, contraction du latin spelunca, signifie seulement grotte dans les actes médiévaux qui emploient aussi cauna, spelonca, espulga ou espugue.

On en trouve dans les montagnes d’Europe Centrale et Méditerranéenne, ainsi qu’au Proche-Orient, mais elles  sont particulièrement nombreuses dans les Pyrénées Espagnoles. Elles le sont beaucoup moins en France où l’Ariège, qui en possède une douzaine, doit être la contrée la mieux pourvue, sans doute à cause de cette proximité.

 

 

La spoulga de Verdun qui n’est mentionné qu’une seule fois , en 1213, faisait certainement partie des possessions de la famille de Château Verdun, dont le château en ruine se dresse toujours en amont sur la rive gauche de l’Ariège, et comme beaucoup de forteresses méridionales, elle était partagée par plusieurs coseigneurs que l’on voit, du XIII au XIVème siècle , rendre hommage pour elles à leurs suzerains, les comtes de Foix.

Il faut en effet attendre 1213 pour voir apparaître certaines d’entre elles dans l’acte de soumission que le Comte de Foix livre à Pierre II d’Aragon avant la bataille de Muret.

La spoulga de Verdun se situe à plus de 500 m à vol d’oiseau sur le flanc nord-est de la montagne du Quié, dont les pentes abruptes et calcaires dominent la vallée de l’Ariège sur sa rive droite. Ce qui permet d’ailleurs de lui attribuer une fonction de surveillance de toute la vallée de l’Ariège et de la confluence avec l’Aston, fonction logique pour une spoulga.

C’est donc un ouvrage du Moyen âge central, désuet à la fin du XIII siècle et qui n’a pas grand chose à voir avec l’habitat en vallée de Verdun.  La spoulga se compose de  deux porches situés à 50 m de l’un de l’autre, sur la même barre de falaise. Ils ne s’atteignent tous les deux que grâce à une escalade nécessitant l’utilisation d’agrès. Le plus grand porche est celui qui conserve le plus de vestiges de fortifications (voir les relevés Topo de Flo Guillot) et se situe à l’est du second.

Description sommaire des vestiges.

L’entrée située à plus de 11 m du pied de l’escarpement, mesure plus de 2,5 m de large et quelques 5 m de haut, et est directement barrée par un mur de 80 cm à 1 mètres d’épaisseur, aujourd’hui arasé à 1 m de haut. Hormis la profusion de mortaises, la grotte ne semble pas avoir connu, d’aménagement du sol important. La spoulga devait comporter plusieurs salles et au moins deux étages semblent avoir existé. On n’y rencontre pas de piquetage, ou de remblai. Enfin, cette grotte ne comporte aucun vestige de citerne.

Le second porche est à 5 ou 6 m du sol. Exigu, il ne couvre que 7à 8 mètres carrés au sol et n’est jamais plus élevé que de deux mètres. Il s’agit donc d’un réduit, ou quelques mortaises indiquent encore l’aménagement. Il a put servir de barbacane, comme à Soloumbrié la petite grotte située sous la spoulga.

 

La grotte fortifiée de Bouan, qui s’ouvre au pied des falaises de la rive gauche est la plus grande et actuellement la mieux conservée de toutes les spoulgas du Sabarthés

Quand presque 60 ans plus tard (1272), les officiers royaux viennent enquêter pour connaître les limites exactes du Comté, ils citent encore les fortifications troglodytiques de Bouan, Ornolac et du Souombrié. Les autres (dont Verdun) abandonnées, s’enfoncent dans les ténèbres de l’oubli et connaissent une ruine précoce.

Et ne seraient connues que de quelques amateurs de vielles pierres s’il n’y avait eu  le trésor.

 

Le trésor !

Le trésor « introuvable » de Montségur n’est pas un mythe … ce n’est ni la toison d’or, ni le Saint Graal, ni le trésor des Templiers de Gisors ou celui de Rennes le Château.

C’est une rondelette somme d’argent sonnant et trébuchant qui a bel et bien existé. Non point à titre de «  trésor des Cathares » comme s’obstine à le faire croire encore une bonne partie de la littérature para-historique consacrée à Montségur, mais au moins à titre de trésorerie de la communauté religieuse installée sur le Pog à partir de 1232.

 

Comme la plupart des familles seigneuriales, les Durban, les Miglos, et les Usson, les Château Verdun étaient cathares.

Les attaches de toute la famille des ChâteauVerdun avec l’église Cathare sont assez patentes pour qu’on puisse accepter la déposition faite devant les inquisiteurs de Carcassonne par le sergent Imbert de Salas, l’un des rescapé du siège.. que c’est dans une grotte fortifiée du Sabarthez - dont nous ignorons malheureusement le nom – gardée par l’un d’entre-eux, Pons Arnaud, que furent évacués de Montségur vers la Noël 1243 , « l’or, l’argent, et une quantité infinie de monnaie ».

C’est certainement la déposition qui a fait couler le plus d’encre puisqu’elle concerne le trésor de l’église cathare de  Montségur.

Ce Pons Arnaud, châtelain du Comte de Foix, était un neveu de Pierre Roger de Mirepoix - chef de la garnison de Montségur - , le fils de sa sœur parfaite Serena.

 

L’hérétique Mathieu et le diacre Pierre Bonnet n’ont pas emporté tout l’argent de Montségur. On peut dire, après tout qu’ils n’ont emporté que ce que deux hommes étaient capables de transporter, et de transporter dans des conditions somme toute inconfortables et périlleuses, en hiver et dans un pays fort montagneux. En tous cas ils laissèrent à Montségur un important numéraire.

 

Fort plausible est l’évacuation de ce trésor afin de le mettre en sécurité, surtout après la prise par les assiégeants du Roc de la Tour. Tout à fait plausible que le trésor ait été caché provisoirement dans uns spoulga, une grotte fortifié du haut Comté, tenue par un bon croyant cathare, membre lui même, par alliance, du clan seigneurial de Montségur.

 

Dans un dernier acte , quatre témoins sont là pour nous dire que dans la nuit du 15 mars qui précéda le bûcher, 4 parfaits s’évadèrent du castrum par le précipice aux moyen de cordes.

Arnaud Roger de Mirepoix nous indique « que cela fût fait afin que l’église des hérétiques ne pût perdre son trésor qui était caché dans les bois ». C’est la seconde phase des opérations de sauvetage du trésor.

Bérenger de Lavelanet, nous dit que les 4 évadés de la dernière heure allèrent à Caussou, peut-être par le Col de la Peyre, puis à Prades d’Alion et de la à Usson, ou ils retrouvèrent, Mathieu, celui-là même qui avait évacué le trésor vers la Noël.

Avaient-ils récupéré ce trésor au cours de leur périple de Montségur à Usson ? Certes, rien ne permet de l’affirmer, mais on ne peut quand même manquer de penser que tout cela était bien organisé.

 

 

Mais quel fût le cheminement du trésor ?

 

Il quitte le Pog en pleine nuit à travers les lignes des gens de Camon.

Est-il  passé par le Col de la Peyre ? Bien que le périple se situe en hiver , ce col reste le point de passage d’usage très ancien utilisé pour passer du Pays d’Olmes à Lordat ou Caussou dans la haute vallée de l’Ariège. C’était la voie normale, la route des voyageurs et des marchands. Donc certainement aussi très surveillée. Surveillée par qui ? Des compatriotes complices !.

Les Hommes de Camon ont bien aidé les deux compères à passer les lignes des croisés en leur indiquant le chemin le plus sûr, alors tout redevient possible.

Mais, est-ce bien dans la logique de la gestion de l’évacuation du trésor, à notre humble avis non.

Non, car une fois arrivé à Lordat ou Caussou, pourquoi repartir en aval de la Vallée pour l’y déposer dans une spoulga des Château Verdun, alors que l’on sait qu’il transitera en toute sécurité par le pays d’alliou à Usson.

Ils ont donc cheminé hors des routes passantes. Par le Fourcat, Col du Han , de Cadène, Appy, Girabal, St Barthélémy… ? Passages autrement plus difficiles d’accès et c’est toujours l’hiver !

Même, si cet hiver là fût exceptionnellement doux car à priori aucun témoin ne fait allusion à la neige ou au froid.

 

Soulignons pourtant que les passages par le Col de la Cadène ou celui du Han, au dessus de l’actuelle station de ski des Monts d’Olmes sont déjà attestés au XIII ° siècle.

Alors, pourquoi pas direction Cazenave et la vallée satellite perchée du chemin de la « corniche »- qui à l’époque permettait de contourner le péage de Tarascon – pour aboutir à la spoulga du Soloumbrier. Spoulga qui surveille la dite route des corniches à deux heures de marche de Caussou, et delà par le col de Marmare , Prades , le col du Pradel et de Pailhères aller au château d’Usson.

A Usson , où les 4 évadés de la dernière heure se retrouvèrent en lieu sûr, aux côtés de Mathieu qui les avaient rejoints en chemin.  C’est une hypothèse très probable !

Mais, problème,  à priori cette spoulga se trouvait en dehors du territoire de la Châtellenie de Pons Arnaud de Château Verdun.

Autre hypothèse et pourquoi pas par : Montferrier – Frémis – Armentiere – Tragine – Labat – Col de Rouy – Croquié – Arnave – Ornolac – rive gauche de l’Ariège et Verdun.

 Parcours légèrement plus long, dans l’ensemble sûr et moins difficile.

Sur la foi des sources connues personne ne peut authentifier la grotte fortifiée tenue par Pons Arnaud.

Alors, sans aucun délire pourquoi ce trésor ne fût t’il, comme dit plus haut, mis provisoirement en sécurité dans la spoulga de … Verdun, tout simplement, parce qu’elle se situe sur le territoire de l’ancienne châtellenie de Château verdun.

Rien bien sûr ne permet de vérifier qu’il s’agit bien de la spoulga de Verdun ou d’une autre, comme celle de Bouan. Bouan n’est pas citée en 1213 ! Mais elle peut déjà exister en 1244.

Et si le trésor n’était jamais parvenu à l’intérieur de la spoulga tant recherchée ! S’il avait été tout simplement caché dans une forêt du Pays d’Olmes ou non loin d’une grotte fortifiée du Sabarthez.

 

Enfin, si  l’on ne retrouve aucune trace écrite du passage dudit trésor à Usson tout porte à croire qu’à partir de là il prit le chemin de la Lombardie, afin de soutenir les derniers réseaux cathares occitan dans son exil de Crémone.

 

Alors, ce n’est plus la peine de le rechercher dans les spoulgas de Haute Ariège et encore moins à Lombrives !   Il reste des énigmes de l’histoire qui peuvent encore nous faire rêver…

 

…Jadis, Le trésor de l’église cathare de Montségur est passé par Verdun…

 

                                         Robert-Félix Vicente       septembre 2006



Sources Bibliographiques :

Charles Garrigues « Les Co-Seigneurs de Château-Verdun  XIIème – Xxème siècle » Lacourt

Flo Guillot « enquêtes documentaires et archéologiques » to II.

Flo Guillot « Grottes fortifiées du Sabarthès » in Karstologia N°31 – 1/1998.

Jean Duvernoy « le dossier Montségur ».

Michel Roquebert «  Heresis N°7 1994 ».

Olivier De Robert « le dernier soufle du catharisme » 1998.

Olivier De Robert- Lisa Valette «  Des Refugesd Médiévaux » in Pays Cathares Magazine.

Pierre Cornède « les grottes fortifiées de Bouan » in Ariège Magazine HS N°1.



Publié dans : Sabarthès - Communauté : VTT - les sentiers d'Histoire
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